9 semaines et 4 jours après la rupture
- Jun 2, 2025
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Updated: Aug 6, 2025
C’est calme. Je ne dirais pas que c’est trop calme, ni que je préfère quand c’est un peu trop plus moins calme. C’est spacieux. Toute inspiration nécessite une dilatation intérieure suffisante pour naître. Je la sens étendre mes tissus et allonger mes piliers. Je veux les changer, les polir, les décorer. Le style dorique m’a été imposé dans toute sa raideur, dans le berceau qui a accueilli mon âme, strict et conditionnel, contre l’intuition du cadeau d’un enfant. L’ionien survivant a été ébauché de mes entailles continues pour amener des rigoles qui inviteraient la danse des vagues et du chi. A présent, je fleuris mon propre corinthien. Un palais, bien moins naïf que celui du facteur Cheval mais qui s’émeut des œuvres, des qualités et des plaisirs qui ne l’habiteront jamais, en tout cas pas dans cette vie.
Je ne sais pas si je pourrais te refaire de la place en moi. Ce qui est certain, c’est que je ne pourrais pas te refaire de la place dans cet appartement. C’est trop délicieux d’y être seule, étalée, Ménade ensoleillée. Je ne laisse que les guêpes me bourdonner et il n’est que la Lune pour dicter la luminosité. Je fume au lit si j’en ai envie. Je cautérise mes plaies au papier d’Arménie, les encens dansent dans une brume enivrante sans déranger. Mon chat dort sous mon bras et non plus sur ton ventre noué. Je colorie la salle de bain de mes fards et bous mes œufs pour la semaine. Ton impromptu a soufflé loin, hors de la cuisine, de la chambre, de la machine à laver, du salon et du dressing. J’habite l’espace entier. J’entretiens le jasmin, je m’occupe des poubelles et du recyclage. Le seul coin que je n’ai pas approprié est le barbecue Napoléon, qui engloutirait bien tes livres sur l'homonyme et sur d'autres hommes que l'instruction classe comme illustres. C’est le seul gaz invisible qui m’inquiète, pour le reste l’air est bon. J’ai des amis, pas d’amoureux, mais une terrasse dans le ciel bleu.
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