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11 semaines et 6 jours après la rupture

  • Aug 6, 2025
  • 5 min read

Des questionnements me visitent ce matin, d’une part me tordent, de l’autre m’apaisent dans la véracité de «la nuit porte conseil ». Je soupçonne une nouvelle victoire de la substance qui maintenant est au grand jour.

Et alors, si tout cela n’était qu’une autre spirale de châtiment ?Une punition non plus occulte mais une punition aux yeux de tous ? Subir les thérapies, subir les discussions difficiles, subir les pertes pour mieux continuer ?Une nouvelle excuse de rechute, cette fois révélée sans honte et justifiée sous couvert de «je suis malade» et « je ne fais rien d’autre que ce que ma maladie me prescrit ».

Les spirales peuvent se décliner à l’infini, de plus en plus grandes de rayon mais aussi de plus en plus profondes. C’est un piège du mental, duquel seul la hauteur et l’humilité de la voix douce et vraie de l’âme peut sortir. La confiance ne se trouvera pas sur la circonférence des spirales. La cime est trop bancale et trop ambivalente. La chute d’un côté ou de l’autre ferait tout basculer, et cela à l’infini dépendant du moment du cycle menstruel ou son équivalent dans ton monde. Somme toute, comme cela a été le cas depuis quatre ans.

Tu ne pourras pas poursuivre ainsi – ou plutôt si, tu le peux, car le fond est très profond. J’ai besoin de trouver d’autres réponses, ou peut-être les mêmes mais au résultat d’autres outils.

J’approche la matriarche, lui parle enfin, de femme à femme, et la rattrape à peine des nues desquelles elle tombe. J’essaie tant bien que mal de répondre à ses questions, puis je m’extrais dans mes propres pensées.

La famille grouille et me ramène au présent. Des coups de téléphones, à voix haute ou chuchotée, ressasse les mêmes événements, expriment des avis à tout va, me causent le hoquet. Je n’avais jamais monopolisé la discussion de la sorte. Enfin, si, à l’adolescence et la post-adolescence, l’inquiétude pour ma santé physique et mentale était généralisée – mais tout se sussurait dans mon dos, distante comme j’étais. Cette fois-ci je suis au centre du débat, et on essaie autant de me donner des conseils bienveillants que de me pousser discrètement vers la solution de sécurité. J’entends leur panique, leur envie de me protéger, leur difficulté à voir une autre issue que celle de la rupture. Doués de leurs décennies d’expérience, qui les ont mués au couple, à la parenté, aux crises internes et externes de la vie, il n’est que normal qu’ils me prémunissent.

Mon père tire ses propres fils et tente de garder un équilibre délicat entre ne pas dramatiser, mais ne pas présenter la situation comme plus légère que ce qu’elle est. Je suis touchée par son exercice, par son heure au téléphone avec les points Powerpoint qu’il avait prévu de m’addresser, ainsi que son WhatsApp juste après pour me rappeler le leitmotiv. Me donner tous les outils, comme toujours, pour que je puisse réfléchir, choisir pour moi et non pour lui. C’est ma vie et seulement la mienne, les miens seront là pour m’aimer et me soutenir. Je peux choisir la direction que je veux, mais qu’après réfléxion et après avoir aiguisé mon instinct et consulté mes guides. Il tranche : c’est un exercice de « risk-assessment » auquel je dois m’essayer, si je le veux. Si ca marche. Car essayer et échouer, rimerait à des sanglots de sang à terme. Il enchaîne les questions rhétoriques :

-       Qui pourrait déterminer quand cela aura vraiment été la dernière fois ?

-       Qui pourrait te faire un mot de décharge déclarant que tu es guéri ?

-       Quid de ma situation si j’avais une bague au doigt, si j’étais enceinte ?

-       Quid de ta réaction devant un potentiel baby blues doux, tiède ou de toute violence ?

-       Pourquoi cette fois-ci serait différente ? Pourquoi ne l’aurais-tu pas admis plus tôt, avant de tout perdre ?

Les questionnements sont valides et c’est à toi que je veux les adresser. Cependant, la décision ultime me revient. Je me conforte dans l’idée de ne pas avoir à trancher à l’instant. Mais en pensant au temps déjà perdu, j’omets de penser au temps que je m’expose encore à perdre. Je veux taire ces pensées et amplifier ma propre petite voix, celle au fond de mes intestins.

Ma grand-mère recentre magistralement et mélodramatiquement le débat : quelle tristesse à porter pour elle, qui a déjà traversé tant de tempêtes, et qui enfin se reposait dans l’idée d’un cours désormais tranquille, une rigole tracée pour toi et moi dans l’apaisement et la tendresse d’une vie d’époux et de parents? Ta trahison prend la couleur d’une attaque personnelle, un réveil brutal là où elle pensait enfin pouvoir somnoler. Intellectuellement, elle s’inquiète et s’attriste pour moi, mais l’affection qu’elle te porte la tiraille.

Elle réclame des photos, elle veut intégrer par synésthésie. Je parcours ma bibliothèque digitale et réalise choquée qu’il n’en est plus aucune. Je me souviens que je les avais toutes méticuleusement sélectionnées et supprimées, puis vidé la corbeille. Dommage mais tant pis – ce n’était qu’une préface, si nous devions un jour retomber amoureux, ce serait l'acte principal et nous y immortaliserons nos êtres, et non nos masques. Elle observe les quelques photos de nous qui trônent sur sa cheminée et sont glissées dans son téléphone, cherchant dans ton visage quelque chose qui trahirait ton bancal, ton malhonnête, ton occulte. Elle ne trouve rien. Cela la rassure et l’inquiète à la fois : tu es profondément bon, mais pris dans les mailles d’un filet qui pourrait s’avérer trop grand pour mordre à travers. Elle me répète qu’un tel homme, aussi tendre, bon et avenant ne croisera plus jamais mon chemin. Elle ne connaît personne d’autre qui ouvre toujours ses bras quand je suis prête à ré-intégrer son orbite et qui a une telle capacité de pardon. Je ne sais pas lire derrière ses mots : est-ce me dire que je devrais rester et te soutenir dans ta guérison ? Ou me dit-elle que malgré tout ce que tu m’as apporté, unique, je devrais être prête à oublier cela et m’accommoder d’un homme moins tendre, moins bon, mais qui serait plus honnête ? Les traductions rajoutent une couche de casse-tête et ne me satisfont pas pleinement. Il n’y a pas ici d’insinuation que ta bonté serait autre chose que spontanée et authentique, qu’elle serait intéressée et malhonnête. Mais j’ignore s’il faut me jeter par-dessus bord et me sauver, ou si cela vaut la peine de rester à bord, ramer, t’observer au gouvernail et écrire des poèmes espérant que tu ne nous écrases pas sur un iceberg dont je ne voyais encore que la pointe.

Elle est inconsolable et perturbée de cette vérité-grenade. Je tente de la distraire mais rien n’y fait. Le chantage émotionnel bat son plein :  elle décrète l’insomnie certaine, conséquence nécessaire de ses trop grandes peines. Elle souffre de la trop grande affection qu’elle te portait, des ailes qu’elle a ouvertes pour t’accueillir et qui ont exposé son cœur et ses entrailles au coup de la trahison. Je te hais de la déconcerter autant. Tragédie grecque moderne.

 

 
 
 

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