10 semaines et 6 jours après la rupture
- Jun 12, 2025
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Un autre repas, un autre couple à qui annoncer la fin et un pas de porte à franchir seule pour la première fois. Ils ne m’invitent pas pour jouer au jass, puisque notre quatuor n’est plus. J’appréhende mon attitude mais leur tendresse m’embrasse. Ce sont mes amis aussi et c’est leur bonté qui parle. Je m’entends parler dans un écho, d'une femme seule et libre. Dans l'antichambre, je sais que dans quelques heures tu passeras me cueillir, mais je veux protéger notre intimité et notre propre processus de débroussaillement. Le brassage même passager du passé accentue mon malaise.
Je me sauve assez tôt pour m'octroyer quelques respirations. Tu me rejoins à l’heure. Il te suffit d’un regard pour sentir un changement imperceptible et réfreins ton sourire. Tu entreprends un nouveau monologue, posé, concentré. Tu ne perds pas ton souffle. Tu évites mon regard pour rester stable et accroché à ton fil. Je t’écoute parler longuement. Je te pose des questions très spécifiques. Es-tu resté suffisamment avec ta peine durant deux mois ou as-tu constamment usé des échappatoires de tes amis bienveillants ou malveillants et de l’alcool à outrance ? Tu m’exposes enfin ton raisonnement, qui m’inclue.
Tu conclus et admets ne pas bien savoir ni comment me lire ni ce que je veux. Je ne m'essaie pas au même exercice que toi et m'efforce de rester observatrice. Par moments, j'évoque des éléments que je considère connus de toi et persuadée d'être restée un livre ouvert, avant de me reprendre de justesse. A maintes reprises, je réalises que je ne t'ai dit les choses qu'ici et qu'en réalité, tu ne sais rien encore.
C'est ici une ode à toi, à nous, le recoin de mes espoirs inavoués et ma réserve d'énergie pour la suite. Celle-ci n'est pas stagnante. Elle prend forme sous mes doigts sincères et fluctue incertainement comme les jours de printemps. Je continue à croire en la magie du processus. Je te sais entouré, appuyé. Il n'est que tes incongruences internes que je n'ose pas capter comme tu me les présentes. Au-delà de mon mental, j'y crois et je te vois. L'aveu de sa dissolution serait trop risqué, son rempart est encore nécessaire. Au-delà du calme olympien que tu vois, il est un champ en plein labeur. Cette énergie n'est pas à toi, elle est autant pour toi que pour moi. Je crois ferme que l'exercice est si gratifiant qu'il ne me laissera pas vide, même en cas de rechute et déception prochaine.
L'exercice physique l'est tout autant. Ton nouveau pouvoir te perturbe et t'attire. Je préfère que tu viennes gonfler ton égo dans mes yeux amoureux, plutôt que dans le regard vitreux, tantôt fuyant tantôt démoniaque des habitants de la rue de la soif.
Tu sais que je m'en vais. On se propose de se rejoindre à Athènes tout de même, sous le prétexte d'un au revoir à mon oncle malade qui t’appréciait tant. On ne plaisante pas avec l’autre rive. Ce serait malheureux et maudissant de ne pas honorer sa vie pour une situation entre nous qui, l’histoire le montrera, pourrait être passagère.
Tu m'annonces que tu travailles sur ton trouble de l’attention. Tu te refuses d’écrire des messages, t'évites de me sentir à portée de main dans ton boîtier. Tu veux te préparer, prendre le temps, m’anticiper, te présenter entier et disponible. Ce silence ne me dérange pas, je préfère rester concentrée aussi. On se donne donc rendez-vous à Athènes dans quelques jours. Je ne sais même pas combien. Je te verrai bien assez tôt sur le pas de la porte.
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