10 semaines et 5 jours après la rupture
- Jun 10, 2025
- 4 min read
Nous avons donné rendez-vous dans quelques jours et je vis dans le silence. Se donner une date et une heure et s'y tenir, sans besoin de confrimer et reconfirmer? Oui, mais seulement si c'est vintage, romantique et nourrit une douce anticipation. Non, si c'est par désintérêt ou court-circuit ou minimisation des efforts. Dans le doute, ma parano se réveille et grogne. Je te diabolise: serait-ce l'orchestration magistrale de ma seconde chute, encore plus douloureuse? Je te caricature: seul, libre, à présent en bons termes avec moi et potentiellement tu me sautes une fois par semaine - un bon pari. J’entends que les hommes s’accommodent vite, mais c’est trop vite. J’entends que je dois rester en observatrice, et ne pas prendre tes responsabilités. Je me blesse: je dégringole seule du haute des escaliers de déception que j'ai moi-même façonné. Je tente de me raisonner, clémente: je ne cherche pas ce qui n'a jamais existé et n'idéalise pas un cancre fini. Plutôt, je cherche ce que tu étais si longtemps avec moi et de façon si consistente. Pourquoi accepter qu’aujourd’hui ta guérison signifierait le rejet de moi? La chaleur que tu t’offres serait-elle contrebalancée par une froideur de moi? Rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme. Je suis projetée à nouveau dans ton monde et je claudique. Je sens ma gorge serrée et mon hippocampe aux aguets.
Quelle place pour la manipulation dans ton addiction? Je pensais avoir gagné toutes les batailles et je soupçonne être en train de perdre la guerre. A l’inverse, je réalise que tu gagnerais potentiellement ma bataille mais pourrais perdre la guerre de ta vie.
Le regard baissé au feu rouge, je vois une grande plume noir entre mes pieds. Pouvoir, mystère, projection, mort. Récupérer mon pouvoir, mais comment? Mes paumes ne peuvent pas retenir les rayons de la lune.
A nouveau les doutes auto-mutilants s'installent. Ces deux mois où j’ai eu une force de Goliat étaient-ils divinement guidés ou était-ce juste une dissociation traumatique de plus. Ai-je vraiment été si loin pour aller si loin? Ma nouvelle réalité m’apeure. Deux rencontres ont suffi pour que tu me manques, que je me plaigne de ton dédain, que je veuille provoquer chez toi des révélations, et pour qu'à choisir, je préfère envoyer des anges à toi plutôt qu’à moi.
Plus tard, mes trois copines me parlent de l’addiction et de l’incertitude du terrain qui se déroule, à vie. L’épopée de la survie à la vie peut prendre plusieurs vies, alors comment pourrais-je penser que quelque mois et la privation de mon amour pourraient suffire? Je me sens ridicule et petite. Arrogante ? Ignorante? Les regards écarlates de mes amies me le font penser fort, quand je partage que devant la beauté de la lumière et des connexions divines , le diable pâlirait et s échapperait trouver d’autres proies. Elles me conseillent de lire sur cet univers, de m’informer pour ne pas parsemer des croyances trop idéalistes ou trop spirituelles sur les faits. J’ai envie d’en vomir mon bœuf basilic. Après toutes ces années d’études sans choisir ce que je veux lire, vais-je vraiment annuler mon verre et rentrer découvrir la science qui amincit les chances de notre heureuse issue? Je crains bien que oui.
J’annule la soirée dansante. Sur le chemin du retour, je m'attèle à amoindrir mon ignorance, à la rencontre des bouffons de la coke et de leurs moitiés désemparées. Les pdf de ressources gratuites des cliniques environnantes et autres services étatiques se superposent sur ma page d’accueil, ce qui submerge déjà ma préférence pour l’ordre et la connaissance. Parmi tous les récits, un seul dénominateur commun : la rechute. Je n’ai pas l’esprit de m’y confronter dans cet instant.
Parmi tous les témoignages, je ne trouve nulle part quelque chose qui résonne avec ton histoire. Je rencontre des égos démesurés, de l’arrogance, de la violence physique et verbale, … des traits typiques mais pas toi. Je réalise, cependant, que tes longues phases d’insomnie n’étaient que sevrage. Je repense honteusement et candidement à mon acharnement contre mon insuffisance quand je remuais huiles essentielles, massages, méditation, hypnose dans un effort de te soigner.
Mon intellect est sur stimulé, là où tu serais prisonnier du tien mais potentiellement aussi de ton corps. Malgré tout, je veux te croire quand tu parles d’addiction mentale et pas physique.
Je cherche la nature de cette addiction mentale. Je peine, puisque tu te détestes sous la substance et dans son après. Tu décrivais une cadence infernale, par laquelle elle t’aidait à générer suffisamment de culpabilité pour supporter ta vie. A mes yeux qui commencent à piquer, cela guérirait avec suffisamment de confiance en toi et suffisamment de vie vécue.
Dans le contrecoup, je ne sais pas si je pourrais la vivre à tes côtés. Mes propres blessures resteraient-elles cicatrices? ou recommenceraient-elles à saigner? La peur de l'abandon, l'écueil de la déception, le manque de confiance et le maussade d'une vie en noir et blanc. T’aimer à travers celles-ci, comme un vase japonais reconstitué avec poésie ? T’aimer malgré elles, en m'écorchant en permanence? T’aimer au-dessus d'elles, me cirant en une statue déjà morte? Je cherche une issue mais n'en vois pas ce soir.
Les rails du tram sifflent à chaque accélération et décélération et cette fois-ci , ce ne sont pas les anges, mais un banal processus de mécanique. Je dévale la pente de la maison. Ces discussions ont déséquilibré mon coeur et j’entends le grondement d’une diarrhée émotionnelle.
Le silence et la solitude, à nouveau et à jamais. Une menace et un refuge tout à la fois.
Comments