10 semaines et 3 jours après la rupture
- Jun 10, 2025
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Je vois 30 visiteurs. Suisse, Allemagne, France et États Unis. Par recommendation directe. Comment est-ce possible? L’appréhension me gagne. Je dépersonnalise ces analyses et ces traquages géographiques. Ce ne sont que des cercles sur une carte du monde, il n’est pas de lecteur réel. Je suppose que les entrées américaines correspondent à des compliance checks habituels de l'hôte du site. Pour le reste, pas d'explication, seulement du déni.
A mesure que je tente de supprimer cette réalité, je sens une agoraphobie montante, une peur de m’exposer. Je passe en revue les jours précédents et efface tous les signes qui nous identifieraient.
Un autre sentiment naît, curieux : j’ai l’impression de te tromper. Une obligation de tout arrêter, ou au moins un devoir de te parler, d'obtenir ton aval. Vite, avant que l’analyse ne divulgue des chiffres à me donner le tournis. Où suffit une simple notification, où se recommande ton consentement, où s'impose ta permission? Où devrais-je m'arrêter et pourquoi?
Je me confronte à mes propres convictions. Vivre ouvertement, parler franchement - mais jusqu'où? J’ai couché le récit torride de nos retrouvailles sur papier - est-ce excessif, dangereux, damnant? Comment demander conseil à un spécialiste sans me dévoiler? L’impulsion astrale a permis le premier élan mais désormais je brasse en apesanteur: quelles planètes m’aideront à choisir la bonne teinte de néant?
Je suis tiraillée. Continuer, ne pas s’arrêter. Au début, c'était un engagement malgré moi, car il coulait de mes doigts. A présent, c’est un devoir de ne pas oublier, un effort pour ne pas effacer. Un engagement à imprimer ce je ressens, ce que je comprends – et tout ce que je ne comprends pas.
D'autre part, l'inconnu mêlé à une énergie de doute et de vigilance devient corrosive. Aurais-je préféré ne rien savoir, ne rien attendre, ne rien guetter? Je ne sais pas jouer en "si", sauf bémol. Je ne sais pas non plus préférer la surface aux abysses - quand la vérité est à la clé.
Ce n'était pourtant pas nécessaire de rendre tout cela public, effectivement. Je me souviens de l’époque de la première effervescence grandissante d’Instagram : je refusais de me créer un compte, de peur que mon contenu ne devienne viral et que je me retrouve emprisonnée dans les attentes de contacts fervents pour voir plus. Oui, je m'entends et il existe surement un test psychologique de trouble de la personnalité qui incluerait cet épisode dans son faisceau d’indices au diagnostic.
J'ai changé de peau depuis, mais aujourd’hui, c’est cette même crainte qui m’habite. Ne pas me faire découvrir, ou pas trop vite, pour ne pas altérer la raison primaire de mon écriture, pour ne pas la contaminer avec des motivations de l’égo. Un souffle éteint la flamme qui s'agitait trop fort. Le soir même et le lendemain, le trafic se tait, personne ne revient lire la suite, je suis soulagée. La concentration revient.
Tu m’écris et me révèles te sentir bien, mué dans le plaisir physique et la connexion émotionnelle, et décuplé d'espoir. Je t’encourage, encore flottante de l'avant-veille Tu me proposes un rendez-vous dans quelques jours que j’accepte, encore flottante de l'avant-veille.
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