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10 semaines et 1 jour après la rupture

  • Jun 7, 2025
  • 7 min read

Je me réveille, les lèvres sensibles, je cherche ta bouche. Mon corps pulse de faim de toi.

 

Saisir cette journée. Ne pas attendre. Tu m’as dit de ne pas t’attendre. Continuer comme les deux derniers mois. J’écris, je lis, m’apprête et dévale dans le matin dominical. Un pigeon déferle sur moi et prend la verticale au dernier moment. Un peu plus et son bec s’empalait dans mon troisième œil. Plus bas, j’enjambe une plume brune. Je chercher les symbolismes. Pigeon: protection, paix, amour, fidélité, le retour de l’âme et la liberté. J’apprends aussi que les couples de pigeons sont monogames. Plume brune: santé et sérénité. Pas mal pour ce dimanche matin. Je marche en portant un secret qui me donne des ailes. Je prends de l’avance sur mes 10’000 pas du jour, direction les Pâquis à nouveau, rejoindre mon amie Joëlle. On est trop libres pour aller s’enfermer dans son appartement, on déambulera en déballant tout. Le pont me donne des hauts-le- coeur qui ne sont pas sans me déplaire. Ils réveillent les sensations que tu m’as donné la nuit. Je veux flotter encore un peu plus longtemps, tous les moyens sont bons. Je rebarbouille mes lèvres , c’est toi qui les nourrirait mieux que le beurre de karité.

 

Sur un banc, j’écris des lignes que je ne suis pas prête à avouer, mais qui sonnent dans ma tête. Les voix s’estompent nécessairement quand je reste sans batterie. Mon amie me rejoint, et sur une terrasse du quai des Bergues, je repasse les événements. Le soleil, la cigarette, le ventre vide, le récit ou le matcha que je bois me font trembler. J’essaie d’être fidèle à la temporalité, aux thématiques que l’on a abordées. Au final, ce qui reste est le désir. Nous marchons dans la ville et jusqu’à son appartement. J’attends que mon téléphone se rallume pour oser t’écrire. C’est nouveau, là où je taisais tout. Je prends mes responsabilités et te laisse aux tiennes. Je t’invite. Ton ton est gai, tu m’exposes tes rendez-vous sociaux du jour et tu ne lis pas les sous-titres quand tu me proposes un coca-cola en terrasse. Je réitère, plus explicitement. Tu acceptes, sans t’avancer. Selon les estimations, c’est une courte heure que tu nous accorderas.

 

Je suis confuse. Tu jongles avec tant de pièces mouvantes, tu digères surement encore les nouvelles de la veille et j’ignore ce que ma demande génère en toi. Tu l’as ressenti aussi, je le sais. Mais en me repassant les événements, s’esquisse une retenue, un refus de m’embrasser, un tiraillement. J’attend le couperet à tout moment. Tant que tu n’auras pas passé le pas de la porte, je craindrai l’annulation de dernière minute et le ruminement du pourquoi a posteriori.

 

Je rentre me préparer, et un autre signe se fraye par le médium accessible de la numérologie : mon taxi est le 1155. Si tu viens, tu souffleras sur les nuages, je conclurai à la maladresse plutôt qu’au désintérêt, à l’hypervigilance plutôt qu’à l’hypersensibilité. Je retiens ma respiration une dernière demi-heure. Enfin, j’entends les oiseaux de la sonnette chanter, j’entends la trompe d’éléphant du heurtoir cogner. Je souffle et m’empresse de t’accueillir et de nous découvrir.

 

Tu entre comme un rayon qui nous surprend un après-midi qu’on croyait maussade, comme un farceur au regard espiègle. Tu me prends immédiatement par la taille, je m’agrippe à ton cou. Tu cherches le bouquet que tu m’as offert hier, pour contempler la place que je lui ai fait.

Je range ta veste, tu m’enlace sur le balcon, tu me serres dans tes bras et tu te presses contre mon ventre. Je te sens déjà dur et suis parcourue par un frisson. A chaque pression, je me pâme dans ton cou et reçois tes baisers. Pressé, tu me demandes si je veux aller dans la chambre, avant un crochet pour récupérer les protections dont tu t’es chargé galamment. Je t’emmène devant le dressing, qui obstrue la fenêtre, et tu me plaques contre le mur. Tu m’embrasses avec fougue et impatience, je sens mes jambes commencer à trembler et ma vulve respirer. Tu te déshabilles avec dextérité sans me priver de ton contact. Ton excitation laisse jaillir une rigole mouillée sur ma cuisse. Je te retourne et extirpe mon visage de tes mains. Je veux descendre, parcourir ton corps. Je te couvre de baisers et de morsures, je m’agenouille et j’enveloppe ton sexe de toute ma bouche. Dans l’intimité concentrée des mouvements, j’entends tes encouragements et ton soulagement. Tu te délectes et moi aussi. Je t’offre ma chute de reins en panorama, et tu te penches pour t’accrocher à ma ficelle. Tu me murmures que tu me rendras la pareille ensuite, tu me rassures poliment et avec considération, mais je veux te servir. Nos plaisirs diffèrent mais ils convergent dans une cadence harmonieuse. Tu me soulèves enfin et me retourne. Tu m’observes et une fois couvert, tu me pénètres d’un coup décidé. La fraîcheur du crépis au contact de mes avant-bras et de mon visage contraste avec la vague de feu qui monte dans mes entrailles. Je guigne dans la vitre du dressing qui nous réfléchit et t’admire, tandis que toi tu converses avec mes fessiers. Tes mains tiennent mes hanches, puis serrent ma taille, puis amortissent les secousses que tu envoies. Tu me relèves de temps en temps pour te plaquer contre moi et mordre ma nuque. Mon dos se creuse, ma souplesse est bienvenue, ma tête se penche en arrière et tu cueilles un baiser. Mes jambes tremblent et je ne sais pas combien je tiendrai ainsi, mais je veux te prendre entier et supporter tout ton désir. Tu sors et je m’effondre au sol. Tu me rejoins, m’enlaces, et te couches en arrière. Tu m’invites à monter, non sans la précaution de coussins sur le parquet, pour ne pas répéter les erreurs de notre première nuit dont je porte encore les cicatrices sur les genoux. Je te rejoins. Mon angle de vue et mon plaisir changent. Je te vois suppliant de recréer ton rythme préféré et ta posture préférée. Je t’offre mes seins à avaler et mes fesses à agripper. Je recule et m’élève sans jamais te quitter. Mon regard reste rivé sur toi, il guette tes expressions qui redoublent mon entrain. Tu t’élèves à ton tour, en tenant ma taille et en soulevant ton bas du dos. Les secousses que tu envoies menacent de m’évanouir, je te regarde surprise et abandonnée à la fois. On cesse, et d’un air entendu, on court au lit. Tu me soulèves et me jettes dessus. Tu me rejoins. Dans une danse, mes jambes dessinent des formes. Tantôt en étoile avec mes pieds près de ton souffle, tantôt en grand écart avec tes mains agrippées à mes abducteurs, tantôt en bougie le long de chaque pan de ton cou solide.

Tu te couches et je m’attèle. Tes demi-mots rappellent notre intimité de toujours. Oui, je sais que tu aimes ça et je vais l’exécuter. Quand on approche ton climax, je m’extrais et on se pause dans des caresses, reprenant notre souffle. Tu me demandes de t'insérer à nouveau, j’obéis. Tu me demandes de grimper sur ton visage à ton signal. Je poursuis ton plaisir, guettant dans ton regard le point de non-retour, anticipant la coordination de m’avancer sans déchirer la toile qui orne au-dessus du lit. Tu me manges en te vidant et j’observe les 2/3 de ton visage amoureusement. J’attends que ta vague passe, pour redescendre hâtivement me faufiler le long de ton corps repu. Dans une torpeur complice, nos yeux se ferment et s’ouvrent de temps en temps, pour vérifier que c’est bien vrai. Je voudrais rester là toujours, et les pulsations dans mon bas-ventre résonnent jusque sur ta cuisse que j’enroule. J’espère qu’elles ne me quitteront plus jamais à tes côtés.


Naturellement aujourd’hui, tu amorces les thématiques sans qu’elles fâchent. Je t’écoute et me tais, activement. J’observe ton visage qui a une lueur distincte, un apaisement de vérité translucide, une détermination de poursuivre. J’étoffe ton récit d’exemples, pour chasser tout regret de solitude, qui serait nécessairement artificiel, vu que l’affliction est pandémique. Tu m’octroies une fenêtre de compréhension plus profonde sur les jauges que tu travailles et sur les paramètres que tu équilibres. Le soulagement qui s’ensuit est bienvenu. Tu m’évoques, m’inclus dans ton après, esquisse notre futur. Tu veux être locomotive et révèles un progrès certains face aux dynamiques masculines et féminines. Je me sens reine dans mon énergie féminine, je t’adore et m’aime aussi. Je te dévore des yeux et sens des larmes couler librement tandis que mon menton convulse à ton récit. Cela faisait si longtemps que je ne t’avais pas vu. J’escalade jusque dans ton oreille et te murmure « je t’aime » comme la toute première fois. Tu me rassures, me serre fort contre ton corps toujours chaud et me répond « moi aussi, je t’aime très fort ». Le souvenir du temps qui passe nous alerte et nous tire du lit.

 

Tu te prépares, je te tiens compagnie et t’aide à rassembler ton peu d’affaires, comme tant de fois ces dernières années. Tu me remercies. Tu sors la boîte de préservatifs et les amène dans la chambre. Tu ajoutes en souriant :

-       C’est les seules affaires que j’ai ici et leur place sera dans ta table de nuit, à côté des peignes du chat. Si la prochaine fois il en manque une, ça va barder.

-       Il n’en manquera pas.


Je t’accompagne à la porte, tu m’embrasses longuement. On se remercie mutuellement. Je te regarde comme toujours, entrer dans l’ascenseur le regard fixe, jusqu’à la fermeture des portes. Tu n’appuies pas le bouton, ressors et t’empresses pour m’embrasser à nouveau. Je ris de surprise de ce geste spontané, joueur et tendre. Cette fois-ci tu appuies sur le bouton, non sans qu’on s’envoie des baisers jusqu’à ce que les portes se referment. Tu redescends sur terre, et je reste flotter au 7ème.

 
 
 

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